“Daddy Tariff” a déclaré guerre à l'UE sur le Groenland
Bonjour ! Nous sommes David Carretta, Christian Spillmann et Oliver Grimm, les auteurs de la Matinale Européenne.
L’analyse du jour est consacrée aux nouvelles menaces de Donald Trump contre les Européens sur le Groenland: le président américain a annoncé des droits de douane contre le Danemark et ses alliés. Christian explique le climat surréaliste qui règne au sein de l’UE, malgré les options dont elle dispose pour affirmer sa souveraineté.
Dans les brèves d’aujourd’hui, outre le Groenland, nous nous intéressons au Mercosur : Trump a réussi à gâcher la journée historique qu’Ursula von der Leyen avait imaginée pour la signature de l’accord de libre-échange. La présidente de la Commission doit cette semaine affronter une nouvelle motion de censure vouée à l’échec. Mario Draghi a lancé un avertissement sur les ennemis intérieurs et extérieurs de l’UE. Le prix du gaz a commencé à augmenter de manière significative, après que l’Allemagne a « oublié » de remplir ses réserves comme l’exigent les normes de l’UE.
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“Daddy Tariff” a déclaré guerre à l’UE sur le Groenland
Par Christian Spillmann
L’inconcevable s’est produit. L’allié américain, le partenaire, le protecteur des Européens leur a déclaré la guerre samedi avec l’annonce de sanctions commerciales pour obtenir la cession du Groenland, un territoire de l’UE protégé par l’Otan. “Daddy” Trump est devenu “Mister Tariff”, un statut assumé sur le site de la Maison Blanche. Comment réagir face aux intimidations et aux menaces ? Jusqu’à présent, Ursula von der Leyen a répondu à l’hostilité affichée de Donald Trump par la servilité et le déni. Pourtant l’UE a doté la Commission de plusieurs armes: l’instrument anti-coercition pour une riposte commerciale et la capacité de déploiement rapide de 5.000 militaires mobilisable pour une invention armée. Mais la présidente de la Commission n’a fait aucune référence à ces instruments. Comme s’ils n’existaient pas. Ursula von der Leyen n’est pas un chef de guerre. Lorsque l’histoire balbutie et confronte l’Europe à un nouveau dictateur, les dirigeants européens veulent éviter la confrontation et sont prêts à se soumettre.
Donald Trump n’a aucun scrupule. Plusieurs membres de l’UE ont envoyé au Groenland des militaires pour préparer le terrain à l’envoi de forces afin de sécuriser le territoire et apaiser les craintes américaines Le président américain voit cette action comme un affront et répond par des mesures de rétorsion, car Trump veut le Groenland à n’importe-quel prix.
“Le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande se sont rendus au Groenland pour des raisons inconnues. Cette situation est extrêmement dangereuse pour la sécurité et la survie de notre planète. Ces pays prennent des risques insoutenables et inacceptables. Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiale, de prendre des mesures fortes pour que cette situation potentiellement périlleuse prenne fin”, a expliqué Trump dans un message sur Truth Social pour justifier la décision d’imposer à ces pays des droits de douane de 10% sur tous les marchandises importées aux Etats-Unis à compter du 1er février. Et si ces pays ne cèdent pas, le droit sera porté à 25% le 1er juin 2026 et “restera applicable jusqu’à la conclusion d’un accord pour l’acquisition complète du Groenland”. On est en plein dans la coercition. Que va répondre la Commission ? Va-t-elle lancer la procédure pour utiliser l’instrument anti-coercition, le bazooka européen ?
Un vent de folie souffle sur l’UE et sur l’Otan. Le président des Etats-Unis veut sanctionner un membre de l’Alliance parce qu’il déplace des troupes sur son territoire et il étend sa vindicte à sept autres alliés venus participer à un exercice militaire. “L’exercice danois « Arctic Endurance », mené de manière pré-coordonnée avec les Alliés, répond à cette nécessité. Il ne représente une menace pour personne”, ont souligné hier les dirigeants des huit pays sanctionnés par Trump dans une déclaration commune.
L’Organisation est sous le choc. Elle appréhendait ce scénario. Trump ne peut pas retirer unilatéralement les Etats-Unis de l’Otan. Le Congrès le lui interdit depuis le vote d’une loi en 2023 portée par Marco Rubio, devenu depuis son secrétaire d’Etat. Mais le danger est un désengagement américain brutal, une réduction des financements et un discours très agressif envers les Européens. Ce serait une mort lente de l’Alliance. Trump a commencé à évoquer cette possibilité. La Russie applaudit. “L’Europe ne devrait pas provoquer Daddy”, a ironisé Kirill Dmitriev, l’émissaire de Vladimir Poutine et sa voix sur X.
“Trump va essayer le chantage-pression sur les Européens pour avoir leur soumission “à la découpe”, avec les droits de douane. Et le pire, c’est que ça pourrait mieux marcher qu’un coup de force sur certaines capitales”, a averti l’analyste Stéphane Audran. Le positionnement de l’Italie lui donne raison. Le ministre italien de la Défense Guido Crosetto a raillé l’initiative prise par plusieurs alliés: “Imaginez 15 Italiens, 15 Français, 15 Allemands au Groenland. Pour moi, cela semblait presque le début d’une blague”. Et de préciser sa pensée: “les démonstrations de force sont inutiles. Surtout avec Trump”. Le ministre italien n’a compris ni le sens ni l’importance de la démarche à laquelle l’Italie ne compte pas s’associer.
Les militaires envoyés au Groenland ont pour mission de préparer l’arrivée de forces plus importantes de l’OTAN et l’initiative vise à soutenir la souveraineté d’un allié sur l’un de ses territoires. Hélas, comme l’Italie, certains membres de l’OTAN sont prêts à accepter l’annexion du Groenland pour normaliser les relations avec Washington et ce serait désastreux, car ce serait interprété comme une reddition par la Chine et la Russie et donnerait le signal que l’annexion par la force est acceptable, déplore un responsable européen
Une action militaire devient de plus en plus “une possibilité”, sauf si l’un des protagonistes cède. Le défaitisme va bon train en Europe. Nombreux sont les observateurs convaincus que les Européens vont caler. Mais de nombreux autres considèrent que les Européens ne peuvent pas reculer.
“Nous ne céderons pas au chantage”, a affirmé samedi le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, premier dirigeant de l’UE à réagir aux annonces de Trump. “Aucune intimidation ni menace ne saurait nous influencer, ni en Ukraine, ni au Groenland (...) Les menaces tarifaires sont inacceptables et n’ont pas leur place dans ce contexte. Les Européens y répondront de façon unie et coordonnée, si elles étaient confirmées”, a rétorqué le président français Emmanuel Macron. La France va demander l’activation de l’instrument anti-coercition, a indiqué hier l’Elysée. Le chancelier allemand Friedrich Merz a dénoncé les menaces américaines, mais n’est pas allé plus loin.
Depuis le Paraguay où ils se sont rendus pour signer l’accord de libre échange entre l’UE et les pays du Mercosur, le président du Conseil Antonio Costa et la présidente de la Commission ont été mis sous pression pour réagir. “Les droits de douane risquent de compromettre les relations transatlantiques et de provoquer une dangereuse spirale négative. L’Europe restera unie, coordonnée et attachée à la défense de sa souveraineté”, ont averti samedi les deux dirigeants dans une déclaration commune. Mais pas un mot sur les moyens d’action. Ursula von der Leyen a du mal à s’affirmer et attend la position de Berlin.
Antonio Costa a convoqué un sommet extraordinaire le 22 janvier et tente de coordonner une réponse commune pour “la défense contre toute forme de coercition”. Tous les Européens ne seront pas à bord. L’UE est morte depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Les coalitions de volontaires sont devenues le format pour avancer et défendre les valeurs européennes. Pour l’Ukraine, la coalition est large. Elle inclut le Canada, pays menacé par Trump, la Norvège, non membre de l’UE mais puissance économique, le Japon et d’autres pays à la recherche d’alliances. Les soutiens au Danemark sont beaucoup moins nombreux.
Le Parlement européen pourrait modifier la donne. Les élus doivent se prononcer sur l’accord commercial et les droits de douane entre l’UE et les Etats-Unis. Les trois principaux groupes pro-européens le Parti Populaire Européen, les Socialistes et les Libéraux de Renew disent désormais NON. “Le PPE est favorable à l’accord commercial UE-États-Unis, mais compte tenu des menaces de Donald Trump concernant le Groenland, son approbation est impossible à ce stade. Les droits de douane 0 % sur les produits américains doivent être suspendus”, a annoncé samedi son président Manfred Weber. Les Socialistes et les Libéraux refusent également d’approuver l’accord et réclament l’activation de l’instrument anti-coercition. “Il est temps de passer de la confiance à la dissuasion”, soutient la présidente du groupe Renew Valérie Hayer.
Trump n’a jamais jusqu’à présent été confronté à une réelle volonté des Européens d’engager l’épreuve de force. Mais il a reculé face au Canada, au Mexique, à la Chine. “Trump doit régulièrement revenir sur ses déclarations menaçantes, en fonction de l’évolution de la situation. Ses alliés européens et le Congrès américain ont un certain pouvoir d’action et agissent en conséquence”, souligne l’ancien ambassadeur américain Daniel Fried, membre de l’Atlantic Council. Le Parti Républicain commence à se rebeller. Plusieurs élus ont menacé de voter sa destitution (impeachment) s’il tente d’envahir le Groenland. Le petit poucet danois et ses frères européens vont-ils terrasser l’ogre Trump?
La citation
“L’Europe ne cédera pas au chantage”
Mette Frederiksen, Première ministre danoise.
L’UE et Trump
Costa convoque un sommet extraordinaire sur le Groenland - Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a annoncé la convocation d’un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’UE sur les droits de douane imposés par Donald Trump à l’encontre du Danemark et de ses alliés européens, qui ont déployé un petit contingent militaire au Groenland. La décision a été prise à l’issue d’une réunion des ambassadeurs des vingt-sept États membres. La France a demandé l’activation de l’outil anti-coercition contre les États-Unis. Selon le Financial Times, il est question d’imposer des droits de douane de représailles sur des importations américaines d’une valeur de 93 milliards d’euros. En réalité, il s’agit de la liste de produits que la Commission avait proposée lorsque Trump avait lancé sa guerre commerciale au début de 2025, avant d’abandonner l’idée de représailles. Costa a déclaré avoir constaté, lors de ses consultations, une “unité en soutien et en solidarité avec le Danemark et le Groenland”, ainsi que la reconnaissance d’un “intérêt transatlantique partagé pour la paix et la sécurité dans l’Arctique, notamment par le biais de l’OTAN”. Il existe également une “évaluation commune selon laquelle les droits de douane saperaient les relations transatlantiques et sont incompatibles avec l’accord commercial UE-États-Unis”. Costa a affirmé que l’UE est prête à se défendre “contre toute forme de coercition”, tout en restant disposée à “collaborer de manière constructive avec les États-Unis sur toutes les questions d’intérêt commun”. Le Conseil européen extraordinaire - le premier de crise sous la présidence de Costa - pourrait se tenir jeudi 22 janvier.
L’instrument anti-coercition, le “bazooka” que von der Leyen a refusé d’utiliser contre Trump – La France a demandé hier à la Commission d’Ursula von der Leyen d’activer l’instrument anti-coercition de l’UE pour répondre à la décision de Trump d’imposer des droits de douane aux pays européens afin de les forcer à céder le Groenland. Plusieurs députés européens ont soutenu cette demande. Surnommé le “bazooka” (son acronyme anglais est ACI), cet instrument a été introduit en 2023 en pensant à la Chine et n’a jamais été utilisé jusqu’à présent. Son objectif est de permettre à l’UE de riposter à la coercition économique en frappant les pays tiers qui utilisent la politique commerciale pour interférer “dans les choix souverains légitimes de l’UE ou d’un État membre”. Le bazooka permet d’imposer des droits de douane, d’interdire les exportations, de cibler le secteur des services (y compris numériques et financiers), de limiter les investissements, de restreindre la protection de la propriété intellectuelle et d’exclure l’accès aux marchés publics européens. Pour l’activer, une majorité qualifiée est nécessaire (15 États membres représentant 65 % de la population), mais cela prend du temps (la Commission doit mener une enquête pour déterminer s’il y a eu coercition et engager des négociations avec le pays tiers, un processus qui peut durer plusieurs mois). La France avait déjà demandé à l’utiliser dans la guerre commerciale lancée par Trump. Des voix au sein de la Commission y étaient favorables. Mais Ursula von der Leyen a rangé le bazooka, préférant éviter une confrontation avec Trump et accepter un accord défavorable à l’UE au nom de la stabilité.
Naissance de la coalition des volontaires pour le Groenland – Hier, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni ont publié une déclaration commune en réponse à la menace de Donald Trump d’imposer des droits de douane contre eux pour avoir envoyé des soldats au Groenland. Aucun recul. “Nous nous engageons à défendre notre souveraineté”, ont déclaré les huit pays, promettant de rester unis et coordonnés. “En tant que membres de l’OTAN, nous nous engageons à renforcer la sécurité arctique comme intérêt transatlantique partagé. L’exercice danois pré-coordonné ‘Arctic Endurance’, mené avec les Alliés, répond à ce besoin. Il ne représente une menace pour personne”, ont-ils expliqué. “Sur la base du processus lancé la semaine dernière, nous sommes prêts à nous engager dans un dialogue fondé sur les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale que nous soutenons fermement. Les menaces de droits de douane sapent les relations transatlantiques et risquent de déclencher une dangereuse spirale descendante”, ont averti les huit pays.
Rutte face au moment de vérité sur le Groenland – Après l’envoi d’un petit contingent de soldats danois et européens au Groenland et la réaction virulente de Trump, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, rencontrera aujourd’hui le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, et la ministre groenlandaise des Affaires étrangères, Vivian Motzfeldt. Les discussions sont très délicates. Copenhague a lancé son opération sans impliquer l’OTAN, alors que ses émissaires discutaient avec JD Vance et Marco Rubio à la Maison-Blanche sur l’avenir du territoire. Ce fut un signal pour décourager une manœuvre unilatérale des États-Unis, principal membre de l’OTAN, auquel Rutte répond directement. Officiellement, les Européens veulent impliquer l’OTAN dans l’opération de défense du Groenland via l’opération “Sentinelle Arctique”. Mais le secrétaire général ne peut rien faire si les États-Unis s’y opposent. Preuve de la délicatesse des pourparlers : aucune conférence de presse n’est prévue après la réunion entre Rutte, Poulsen et Motzfeldt.
Meloni entre dans le jeu glissant des ambiguïtés – La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a critiqué la décision de Donald Trump d’annoncer des droits de douane, mais a semblé justifier le président américain en évoquant un “problème de compréhension et de communication”. “Une augmentation des droits de douane contre les nations qui ont choisi de contribuer à la sécurité du Groenland est une erreur et je ne la partage pas”, a déclaré Meloni, expliquant en avoir parlé directement avec Trump. Concernant l’envoi d’un petit contingent européen au Groenland, “il y a eu un problème de compréhension et de communication”, a-t-elle ajouté : “Je ne pense pas que le message envoyé par l’Europe ait été clair”. Selon Meloni, “c’est une erreur d’imposer de nouvelles sanctions aujourd’hui” et il est “nécessaire de reprendre le dialogue et d’éviter une escalade”. Ne comptez pas sur l’Italie pour utiliser le bazooka de l’outil anti-coercition contre Trump.
Tous à Davos pour Trump – La bataille pour le Groenland (et aussi pour l’Ukraine) quitte les réseaux sociaux pour la station huppée de Davos, en Suisse, où se tient cette semaine le traditionnel Forum économique mondial. La présence du président américain, Donald Trump, a attiré un nombre record de participants, y compris des chefs d’État, de gouvernement et des dirigeants de l’UE. Un sommet entre les dirigeants européens et Trump était prévu pour discuter de l’Ukraine avec le président Volodymyr Zelensky. Mais l’attention est désormais focalisée sur la guerre commerciale lancée par Trump pour s’emparer du Groenland. Les principaux rendez-vous à suivre : les discours d’Ursula von der Leyen et d’Emmanuel Macron demain, celui de Trump mercredi et la réponse de Friedrich Merz jeudi.
Trump invite Orban et Meloni au Conseil pour la paix à Gaza – Nouvelle provocation du président américain ? Viktor Orban, le Premier ministre hongrois anti-européen, a été invité par Donald Trump à siéger au Conseil pour la paix à Gaza, l’institution chargée de superviser la mise en œuvre de son plan de paix après la guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza. Orban est “honoré par l’invitation et participera naturellement aux travaux du Conseil”, a déclaré hier le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto dans une interview à la radio Kossuth. On ignore quels autres dirigeants européens ou de l’UE ont été invités. Seule Giorgia Meloni a révélé avoir été conviée. Les Européens sont les principaux financeurs de Gaza. Bloomberg a révélé que Trump exige une contribution d’au moins un milliard de dollars pour participer au Conseil, et qu’il existe une crainte qu’il veuille en faire une organisation alternative à l’ONU. Le plan a été vivement critiqué, y compris par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.
Guerres commerciales
Trump gâche la célébration du Mercosur – Donald Trump a réussi à gâcher la “journée historique” qu’Ursula von der Leyen avait programmée samedi au Paraguay pour fêter l’accord avec le Mercosur. La journée a effectivement marqué l’histoire, mais parce que Trump a annoncé des droits de douane contre les alliés européens pour s’emparer du Groenland, au moment même où la présidente de la Commission signait l’accord de libre-échange avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Von der Leyen et son équipe de communication avaient passé les deux jours précédents à promouvoir ce “résultat historique” pour l’UE. Le Mercosur “est bien plus qu’un accord commercial, c’est une déclaration. Aujourd’hui, nous montrons au monde que nous sommes en faveur de l’ouverture, de la coopération et de l’avantage mutuel dans nos économies, notre engagement pour la durabilité et nos choix géopolitiques”, a déclaré von der Leyen lors d’une conférence de presse. Selon elle, les exportations de l’UE vers le Mercosur pourraient atteindre 50 milliards d’euros, tandis que celles du Mercosur vers l’UE pourraient augmenter jusqu’à 9 milliards d’euros. Sur le plan géopolitique, la signature démontre que “nous sommes là pour le long terme. Notre partenariat sera durable”, a-t-elle ajouté : “Une plateforme commune pour le dialogue politique sur les grands enjeux de notre temps : durabilité, égalité, mais aussi paix et sécurité. Cela n’a jamais été aussi important dans le monde d’aujourd’hui, et ce message résonnera partout”.
Le “feuilleton” du Mercosur au sein de l’UE n’est pas terminée – Lors de la conférence de presse de samedi, von der Leyen a tenu à s’adresser aux opinions publiques européennes. “Je voudrais m’adresser à mes concitoyens européens, aux 450 millions de personnes : cet accord est positif pour l’Europe et pour chaque État membre”, a-t-elle déclaré. Von der Leyen sait que l’aventure de l’accord avec le Mercosur n’est pas terminée. La Commission doit décider de l’appliquer provisoirement, après la première ratification par les pays du Mercosur (ce qui pourrait arriver rapidement, notamment en Argentine). De plus, le vote favorable du Parlement européen n’est pas acquis. Malgré le soutien officiel du PPE, des socialistes et des libéraux de Renew, les défections mettent en doute le soutien de la majorité des députés. Selon nos sources, une quarantaine de députés du PPE, une quinzaine de socialistes et une vingtaine de libéraux pourraient voter contre l’accord de libre-échange. Une trentaine de députés du groupe souverainiste ECR pourraient voter pour, mais cela ne suffirait pas à compenser les défections des groupes majoritaires. Un premier test pourrait avoir lieu cette semaine en séance plénière du Parlement européen sur une demande de renvoi de l’accord devant la Cour de justice de l’UE.
Parlement européen
Motion de censure contre von der Leyen – C’est désormais une routine. Pour la quatrième fois en six mois, Ursula von der Leyen doit affronter une motion de censure au Parlement européen. Le débat entre les députés aura lieu aujourd’hui, tandis que le vote est prévu pour jeudi. Comme dans deux des trois cas précédents, l’initiative a été lancée par le groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe et soutenue par des signatures de députés du groupe souverainiste des Conservateurs et réformistes européens et de l’autre groupe d’extrême droite de l’Europe des nations souveraines. Le prétexte de cette quatrième motion de censure est la signature de l’accord avec le Mercosur. Comme lors des précédentes occasions, les voix nécessaires pour renverser von der Leyen manqueront. En revanche, les comptes des réseaux sociaux de l’extrême droite se rempliront de messages contre la présidente de la Commission.
Euro
Premier vote à l’Eurogroupe pour choisir le prochain vice-président de la BCE – Qui, parmi les six candidats, obtiendra la super-majorité qualifiée pour succéder à Luis De Guindos en tant que vice-président de la Banque centrale européenne ? Les candidats sont le Portugais Mário Centeno, le Letton Mārtiņš Kazāks, l’Estonien Madis Müller, le Finlandais Olli Rehn, le Lituanien Rimantas Šadžius et le Croate Boris Vujčić. Une première journée de vote est prévue aujourd’hui à l’Eurogroupe, où les ministres des Finances tenteront de trouver un accord, ou au moins de réduire le nombre de candidats. Pour désigner “l’élu”, il faut 72 % des États membres (16 sur 21) représentant au moins 65 % de la population de la zone euro. La réunion des ministres des Finances pourrait durer plusieurs heures. Mais une source de l’Eurogroupe nous a confié voir des “signaux positifs”.
Rapport Draghi
Draghi reçoit le prix Charlemagne – Le Conseil d’administration de la Société pour l’attribution du Prix international Charlemagne d’Aix-la-Chapelle a annoncé le lauréat de la prochaine édition : Mario Draghi. Car “comme personne d’autre, Mario Draghi est synonyme de renforcement économique de l’Europe, et son ‘Rapport Draghi’ de 2024, qui porte son nom, représente la stratégie nécessaire pour garantir la compétitivité, la croissance et la stabilité dans l’UE”, peut-on lire dans la motivation. Draghi est reconnu pour “une œuvre exceptionnelle au service de l’UE” et “la préservation, la consolidation et le développement de l’Union économique et monétaire européenne comme élément central et indispensable de l’intégration”. Selon le Conseil, “en temps de grande incertitude et de défis, il faut des médiateurs, des visionnaires et des penseurs stratégiques capables d’indiquer clairement des voies concrètes à suivre, ainsi que des décideurs et des réalisateurs courageux !”.
L’avertissement de Draghi sur les ennemis intérieurs et extérieurs – La cérémonie de remise du prix n’aura lieu que le 14 mai, mais Mario Draghi n’a pas manqué de lancer un nouvel avertissement face à l’immobilisme des chefs d’État et de gouvernement et de la Commission. “L’Europe a de nombreux ennemis, peut-être plus que jamais, tant intérieurs qu’extérieurs”, a déclaré l’ancien président du Conseil italien et ancien président de la BCE dans un message vidéo pour remercier de l’attribution du prix. “Nous devons surmonter nos faiblesses auto-infligées. Et nous devons devenir plus forts : militairement, économiquement et politiquement”, a-t-il ajouté.
Énergie
Le prix du gaz en hausse après que l’Allemagne ait “oublié” de stocker – En seulement une semaine, le prix du gaz sur le marché TTF d’Amsterdam est passé de 28 à près de 37 euros le MWh, la première hausse significative depuis l’été dernier. La raison ? Les réserves de gaz en Allemagne se vident rapidement et, à un peu plus de 40 %, elles sont au plus bas niveau des cinq dernières années. La cause n’est pas seulement un hiver plus rigoureux que les précédents. Comme l’a révélé La Matinale Européenne la semaine dernière, l’Allemagne a “oublié” de respecter les règles de l’UE qui imposent de remplir les réserves de gaz à 90 % d’ici le 1er décembre. L’Allemagne n’a pas dépassé 75 %. “15 États membres sur 18 ont atteint leurs objectifs de stockage entre le 1er octobre et le 1er décembre. L’objectif de stockage a été atteint au niveau de l’UE”, mais “trois États membres, dont l’Allemagne, n’ont pas atteint leur objectif national pour diverses raisons”, nous a confirmé une source de la Commission. Les porte-parole d’Ursula von der Leyen nous ont assuré qu’il n’y a aucun risque pour l’approvisionnement énergétique de l’UE. Mais selon certaines estimations, si les tendances actuelles se poursuivent, l’Allemagne pourrait se retrouver en fin de saison avec des stocks à 5 %. De plus, la hausse du prix du gaz aura un impact sur les prix de l’électricité dans toute l’UE, augmentant ainsi les coûts pour tous les citoyens. Les réserves en France se vident également rapidement, mais au moins Paris avait respecté l’obligation des 90 %. L’Italie, qui avait atteint 95 % en novembre, voit ses réserves tomber à 65 %.
Portugal
Le candidat d’extrême droite se qualifie pour le second tour de la présidentielle — Le candidat du Parti socialiste, António José Seguro, est arrivé en tête hier au premier tour de l’élection présidentielle au Portugal avec environ 30 % des voix, devenant ainsi le favori pour le second tour prévu le 8 février. Cependant, le leader du parti d’extrême droite, André Ventura, s’est classé en deuxième position, confirmant la progression exceptionnelle de Chega, seulement six ans après sa création. Ventura a obtenu environ 24 % des suffrages. L’eurodéputé libéral João Cotrim de Figueiredo a créé la surprise en dépassant les 15 %, malgré les accusations de harcèlement sexuel qui pèsent sur lui. Peu de monde croit que Ventura puisse obtenir la majorité absolue au second tour de la présidentielle, mais son résultat ne fait que renforcer la position et l’influence de l’extrême droite au Portugal.
Cela se passe aujourd'hui
OTAN : Le secrétaire général Rutte rencontre le ministre danois de la Défense, Troels Lund Poulsen, et la ministre groenlandaise des Affaires étrangères, Vivian Motzfeldt.
Eurogroupe
Parlement européen : Session plénière à Strasbourg (débat sur la motion de censure contre von der Leyen ; débats sur le 28e régime ; l’approvisionnement en médicaments critiques).
Parlement européen : Audition du commissaire Hansen par les commissions Agriculture, Budget et Affaires régionales.
Parlement européen : Audition du commissaire McGrath par les commissions Libertés publiques et Juridique.
Service européen pour l’action extérieure : La Haute Représentante Kallas rencontre le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul.
Commission : La vice-présidente Rivera rencontre le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, et le président de l’autorité française de la concurrence, Benoît Cœuré.
Commission : Le commissaire Šikela participe au Forum économique mondial de Davos.
Commission : La commissaire Albuquerque rencontre le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil.
Cour des comptes de l’UE : Rapport spécial sur les développements récents dans les infrastructures de transport de l’UE, avec un focus sur les coûts et les délais des mégaprojets.
Eurostat : Inflation en décembre ; données sur la participation des jeunes à l’éducation et au marché du travail en 2024 ; données sur la santé des enfants en 2024.



