Draghi, le Jiminy cricket de l’UE
Bonjour ! Nous sommes David Carretta, Christian Spillmann et Oliver Grimm, et nous vous proposons La Matinale Européenne.
Dans l’analyse du jour, Christian se concentre sur le discours de Mario Draghi, dans lequel l’ancien président de la BCE a proposé un « fédéralisme pragmatique » fondé sur des « coalitions de volontaires ». Face aux divisions et divergences internes croissantes, l’Union européenne semble avoir atteint de nombreuses limites — ce qui ne fait qu’aggraver ses faiblesses.
Dans les brèves du jour, nous revenons sur les élections d’hier aux Pays-Bas et le début du retrait des troupes américaines d’Europe. L’UE attend avec impatience la rencontre d’aujourd’hui entre Donald Trump et Xi Jinping, en espérant qu’elle conduira à une trêve sur les terres rares dont elle pourrait aussi bénéficier. Pendant ce temps, la Hongrie de Viktor Orbán reste sous les projecteurs — entre deepfakes contre l’opposition et répression de la communauté LGBT.
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Draghi, le Jiminy cricket de l’UE
Une union en morceaux, une solidarité en lambeaux, des institutions dépassées. L’Europe traverse une mauvaise passe, incapable d’affronter les prédateurs au pouvoir en Russie, en Chine et aux Etats-Unis. Ses dirigeants se bercent de beaux discours et de slogans, mais la réalité est toute autre. Face à la guerre du Kremlin en Ukraine, aux actions coercitives de Pékin et de Washington, l’Union réagit encore en ordre dispersé et cherche à constituer des coalitions pour éviter d’être submergée. Une fois encore, l’alerte est lancée par Mario Draghi : l’ancien patron de la Banque Centrale Européenne est devenu le Jiminy Cricket de l’UE. Mais pour l’instant ses avertissements sont ignorés.
L’Union européenne ressemble à la Sagrada Familia, la basilique inachevée de l’architecte catalan Antonio Gaudi à Barcelone, toujours en travaux. Pire, elle s’effrite. Le départ du Royaume Uni a été le premier effondrement de la maison commune. La Hongrie dirigée par le populiste Viktor Orban vacille et pourrait entraîner d’autres morceaux dans sa chute. Un lapsus lors du dernier sommet européen est révélateur du malaise, lorsque le président français Emmanuel Macron a annoncé “l’adoption à l’unanimité à 26” du soutien à l’Ukraine pour sa défense contre l’agression russe.
La Hongrie s’est volontairement marginalisée et Orban veut constituer une coalition au sein de l’UE avec la Slovaquie de Robert Fico et la République Tchèque d’Andrej Babis pour bloquer l’adhésion de l’Ukraine à l’UE et le soutien à Kiev, considéré comme l’obstacle à la paix. L’une des premières décisions du dirigeant hongrois après le sommet européen a été de demander une rencontre avec Donald Trump pour tenter de le convaincre de modifier les sanctions américaines contre les deux géants pétroliers russes Lukoil et Rosneft afin d’obtenir des dérogations pour la Hongrie.
Orban se veut un médiateur entre Trump et Poutine et il cherche des soutiens au sein de l’UE. C’était le but de son déplacement à Rome lundi où il a rencontré la cheffe du gouvernement Giorgia Meloni et le patron de la Lega, Matteo Salvini, vice-Premier ministre et membre des Patriotes, la famille politique constituée par Orban avec la plupart des partis anti-européens de l’UE. Le slovaque Robert Fico a annoncé son ralliement aux Patriotes après son exclusion du parti des Socialiste et Démocrates.
Considéré comme le “cheval de Troie” de la Russie au sein de l’UE, Orban joue une partie difficile. La Maison Blanche veut que tous les pays de l’UE se désengagent des sources d’énergie russe, a fait savoir l‘ambassadeur américain auprès de l’Otan Matthew Whitaker. “Contrairement à beaucoup de ses voisins, la Hongrie n’a pris aucune mesure ni élaboré aucun plan. Ce pipeline sera très probablement fermé. Nous allons les aider à se passer du pétrole et du gaz russes”, a déclaré le diplomate américain. Mais personne n’a réellement confiance en Donald Trump après les multiples revirements du président américain sur la Russie en raison de sa fascination pour Vladimir Poutine, incarnation de l’homme fort selon ses critères.
L’UE a prévu la possibilité du retrait d’un Etat membre avec l’article 50 invoqué par le Royaume Uni, mais pas une exclusion. L’unique recours possible contre la Hongrie est donc la privation du droit de vote, mais elle doit être décidée à l’unanimité, ce que n’accepteront pas les amis de Viktor. Reste l’hypothèse d’une défaite électorale en avril 2026. Mais Orban, comme Trump, compte bien s’accrocher au pouvoir. Tous les coups seront joués.
Une Union divisée, à la peine pour trouver le consensus, est une Union vulnérable. “Les défis, de plus en plus complexes, nécessitent désormais une action commune de la part des États membres. Ils concernent des domaines tels que la défense, la sécurité énergétique et les technologies de pointe, à une échelle continentale et des investissements partagés. Et dans certains de ces domaines, notamment la défense et la politique étrangère, un degré plus élevé de légitimité démocratique est nécessaire. Or depuis de nombreuses années, notre gouvernance n’a pas bougé. Aujourd’hui, notre confédération européenne n’est tout simplement pas en mesure de répondre à ces besoins”, a souligné une nouvelle fois Mario Draghi le 24 octobre dans son discours à l’occasion de la remise du Prix Princesse des Asturies pour la coopération internationale à Oviedo, en Espagne.
L’intervention de l’ancien banquier central est dans la droite ligne de ses prises de positions depuis l’été. Aujourd’hui, pour sortir de l‘impasse du consensus, les Européens optent pour les coalitions de volontaires. Tous les membres de l’UE n’en sont pas et pour l’Ukraine, la coalition des volontaires incorpore même des pays non membres de l’UE, comme le Royaume Uni et la Norvège. Une nouvelle Europe se dessine. Ce n’est pas nouveau. La zone euro ne compte que 21 des 27 membres de l’UE. Le Danemark et la Suède, la Hongrie, le Pologne, la République Tchèque et la Roumanie n’en sont pas. C’est une décision souveraine. L’espace Schengen pour la libre circulation des personnes compte 25 des 27 – Irlande et Chypre sont les zones grises – et quatre membres associés : la Norvège, l’Islande, la Suisse et le Liechtenstein.
Les coalition de volontaires d’aujourd’hui sont les avant-gardes avec les coopérations renforcées préconisées hier par Jacques Delors. Il ne s’agit pas d’une Europe à deux vitesses, mais d’une formule pour permettre à des Etats membres d’aller de l’avant plus rapidement que leurs partenaires sur des sujets déterminés. L’idée est restée lettre morte.
En cas de succès, Delors avait appréhendé le risque de rendre encore plus complexe le fonctionnement de l’Union en multipliant les configurations et les formules institutionnelles et préconisait “la formule de l’avant-garde constituée en Fédération d’États Nations”. Pour l’ancien président de la Commission européenne, “l’avant-garde doit être dotée de ses propres institutions, bâties sur le modèle du triangle institutionnel, le seul à même de concilier la permanence de nos États et la création d’une entité politique supranationale dotée d’une capacité politique. La fédération des États aurait ainsi son propre Parlement et son propre Conseil des Ministres, mais la Commission resterait la même pour tous assurant ainsi, comme c’est sa mission, la cohésion entre l’Union dans son ensemble et son avant garde ouverte”.
Fédéraliste, Mario Draghi est aussi un réaliste. “Aussi souhaitable qu’une véritable fédération puisse être, elle nécessiterait des conditions politiques qui ne sont pas réunies aujourd’hui. Et les défis auxquels nous sommes confrontés sont trop urgents pour attendre qu’elles se présentent. Le seul chemin possible est celui d’un nouveau fédéralisme pragmatique”, a-t-il plaidé à Orvieto.
Ce fédéralisme “pragmatique” serait construit à partir de “coalitions de volontaires autour d’intérêts stratégiques communs, en reconnaissant que les différentes forces de l’Europe n’exigent pas que tous les pays avancent au même rythme”, a-t-il expliqué.
Les coalitions de volontaires se multiplient. La France, le Danemark, la Grèce, l’Espagne, Chypre et la Slovénie se sont unis pour avancer sur la protection des mineurs en ligne et l’instauration d’un âge légal pour accéder aux réseaux sociaux avec l’obligation pour les plateformes de vérifier l’âge des utilisateurs.
Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Les Européens vont-ils écouter les conseils et les recommandations de Mario Draghi, ou vont-ils lui répondre “cause toujours” ? Un fait plaide pour son raisonnement : lorsqu’une coalition de volontaires se constitue, la seule question est alors “en être ou non”. Dans le cas de l’Ukraine, beaucoup de dirigeants rétifs ont finalement décidé de prendre le train en marche.
La citation
“Si Poutine lance un missile sur Bruxelles, nous rayerons Moscou de la carte.”
Theo Francken, ministre belge de la Défense, au quotidien De Morgen.
Pays-Bas
Les Néerlandais sanctionnent Wilders et récompensent le centre pro-européen – Les élections législatives aux Pays-Bas ont produit le résultat surprenant que nous avions anticipé hier. Après avoir choisi le parti le plus anti-européen il y a deux ans, le PVV de Geert Wilders, les Néerlandais ont hier récompensé l’un des partis les plus pro-européens. Avec 98,6 % des suffrages dépouillés, les libéraux de gauche du D66, dirigés par Rob Jetten, sont en tête avec seulement 2 000 voix d’avance sur le PVV. Le D66 a obtenu 26 sièges sur les 150 de la Tweede Kamer (la Chambre basse). Il s’agit du meilleur résultat de l’histoire pour ce parti, membre de la famille européenne Renew : 17 sièges de plus qu’aux élections de 2023. Le PVV de Wilders s’est limité à 26 sièges, soit 12 de moins qu’il y a deux ans. La décision de Wilders de faire tomber le gouvernement de Dick Schoof, dont il était le principal soutien, n’a pas porté ses fruits. Le parti libéral-conservateur VVD a obtenu un résultat meilleur que prévu la veille, avec 22 sièges, soit deux de moins que lors de la législature précédente, devant la coalition entre travaillistes et écologistes dirigée par Frans Timmermans, qui a remporté 20 sièges, en perdant cinq. Un autre parti pro-européen du centre a progressé de manière significative : les démocrates-chrétiens du CDA se placent en cinquième position avec 18 sièges, soit 13 de plus qu’en 2023.
Jetten vise le centre, Wilders déçu, Timmermans démissionne – “Des millions de Néerlandais ont tourné la page. Ils ont dit adieu à la politique du ‘ce n’est pas possible’. Ils ont choisi les forces positives et une politique tournée vers l’avenir”, a déclaré Rob Jetten après le succès de son parti D66, promettant de travailler “pour tous les Néerlandais dans les années à venir”. Sera-t-il le nouveau Premier ministre ? Les négociations pour la formation du nouveau gouvernement risquent d’être longues et compliquées, en raison de la fragmentation de la politique néerlandaise. En additionnant leurs sièges, les D66, le CDA et la coalition travaillistes-verts n’ont pas la majorité absolue. Les libéraux-conservateurs du VVD pourraient être décisifs. Jetten a déclaré que “la prochaine période exige un leadership politique de toutes les forces positives du centre pour chercher la coopération”. Geert Wilders a reconnu que cette défaite était “lourde” et qu’il espérait “un résultat différent”. Frans Timmermans a démissionné de son poste de chef de la coalition travaillistes-verts, n’ayant pas réussi à “convaincre” les électeurs néerlandais.
Géopolitique
Les États-Unis commencent leur retrait d’Europe – L’annonce est venue via un communiqué du ministère roumain de la Défense : les États-Unis ont informé leurs alliés de l’OTAN de la réduction des troupes américaines en Europe, dans le cadre d’une réévaluation de leur positionnement militaire mondial. “La réduction des forces américaines est un effet des nouvelles priorités de l’administration présidentielle, annoncées en février”, a expliqué la Roumanie. “La décision américaine est d’interrompre la rotation en Europe d’une brigade qui avait des éléments dans plusieurs pays de l’OTAN.” Environ mille soldats américains resteront déployés en Roumanie. Des sources de l’OTAN ont minimisé l’impact, expliquant à l’AFP qu’il s’agissait d’un “ajustement” et que la présence américaine en Europe reste plus importante qu’“avant 2022”. Le ministre roumain de la Défense, Ionut Mosteanu, a précisé que la réduction concerne également les troupes américaines déployées en Bulgarie, Hongrie et Slovaquie.
Kallas menace la Biélorussie de sanctions pour les ballons au-dessus de la Lituanie – Après que la Lituanie a dénoncé une opération hybride menée par la Biélorussie avec le lancement de ballons dans son espace aérien, la haute représentante Kaja Kallas a menacé de nouvelles sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko. “Les incursions de ballons dans l’espace aérien lituanien, qui ont perturbé des centaines de vols et causé des pertes substantielles aux aéroports lituaniens et à des milliers de voyageurs, risquent de déstabiliser un État membre de l’UE et d’intimider les citoyens européens par des menaces directes envers l’aviation civile”, a déclaré Kallas. “Ces ballons ne sont pas de simples outils de contrebande, mais s’inscrivent dans le cadre d’une campagne hybride plus large, incluant le trafic de migrants parrainé par l’État. Toutes ces actions doivent cesser immédiatement”, sinon “l’UE est prête à adopter des mesures supplémentaires appropriées”, a-t-elle averti.
Hongrie, Slovaquie et Pologne poursuivent leur mini-guerre contre l’agriculture ukrainienne – Depuis hier, la version mise à jour de la Zone de libre-échange approfondi et complet UE-Ukraine est entrée en vigueur. Aux yeux de la Commission, cette mise à jour aurait dû mettre fin à une mini-guerre commerciale lancée en 2023 par la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie contre les produits agricoles ukrainiens, via un embargo unilatéral contraire au droit de l’UE. Les échanges avaient été libéralisés et les droits de douane abolis pour soutenir l’Ukraine, agressée par la Russie. Pour apaiser les trois pays, la Commission a insisté pour imposer des limites aux importations sans droits de douane de produits agricoles sensibles (sucre, volaille, œufs, blé, maïs et miel), ainsi que des clauses de sauvegarde pour d’autres produits. Mais la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne continuent d’interdire l’importation de produits agricoles ukrainiens. La Roumanie a introduit un système de licences d’importation pour toutes les céréales. La Bulgarie a interdit les importations de graines de tournesol. La Commission estime que les embargos unilatéraux sont “illégaux”, mais ne souhaite pas agir pour l’instant : “Nous verrons d’abord comment le nouvel accord impacte la situation”, a déclaré une source.
Réarmement
Kubilius veut un “Flank Watch” pour la Méditerranée – Dans une interview accordée à Table.Media, le commissaire à la Défense, Andrius Kubilius, a déclaré vouloir doter l’Union européenne d’un “Flank Watch” pour la Méditerranée, en plus de celui lancé comme projet phare pour les pays de la frontière orientale de l’UE. “Poutine pourrait mener de telles provocations à grande échelle et plus fréquemment à l’avenir, pas seulement dans les États frontaliers : il est très facile de lancer des drones depuis des navires de la flotte fantôme en Méditerranée”, a expliqué Kubilius. “Quand nous parlons d’un “Eastern Flank Watch”, nous avons aussi besoin de ce que j’appellerais un “Mediterranean Flank Watch”. Les États du Sud font face à des défis spécifiques, différents de ceux des pays de la frontière orientale. Les États membres méditerranéens devraient développer des projets communs, par exemple pour protéger les câbles sous-marins. Ils pourraient aussi se concentrer sur des mesures pour protéger l’Europe contre l’immigration clandestine, qui peut être rapidement utilisée comme levier politique”, a-t-il ajouté. “Pour l’instant, les services de renseignement ne voient aucune menace immédiate en Méditerranée”, mais “nous savons à quelle vitesse les situations peuvent changer”, a conclu Kubilius.
Guerres commerciales
Le secteur automobile au bord de l’arrêt en raison du conflit avec la Chine sur Nexperia – La décision du gouvernement néerlandais de nationaliser Nexperia, fabricant de puces appartenant au chinois Wingtech, a provoqué une dure représaille de la Chine et l’interruption des livraisons de semi-conducteurs de base à l’industrie européenne. Le secteur le plus touché est celui de l’automobile. Hier, l’ACEA, l’association des constructeurs automobiles dans l’UE, a lancé l’alerte sur un arrêt imminent de la production. “Nos membres nous signalent que les livraisons de composants ont déjà été interrompues en raison de la pénurie” de puces, a déclaré la directrice générale de l’ACEA, Sigrid de Vries. “Cela signifie que l’arrêt des chaînes de montage pourrait survenir dans quelques jours.” Un porte-parole de la Commission a rappelé hier que le commissaire au Commerce, Maroš Šefčovič, est en contact avec les autorités chinoises et néerlandaises pour trouver une solution. Le problème est considéré comme “grave”, a-t-il déclaré. “Nous cherchons une solution de toute urgence.”
L’UE dépend d’un accord Trump-Xi sur les terres rares – Le secteur automobile, et pas seulement, est également en alerte en raison d’un autre composant essentiel pour la production de voitures, contrôlé par la Chine : les aimants. La décision de Pékin, le 9 octobre, d’imposer des restrictions à l’exportation de terres rares, dirigée contre les États-Unis, a également mis l’UE en état d’alerte, où les stocks d’aimants s’épuisent. Le commissaire au Commerce, Maroš Šefčovič, négocie avec son homologue chinois, tandis que la présidente Ursula von der Leyen a annoncé samedi un nouveau plan “RESourceEU” pour réduire la dépendance à la Chine. La Commission espère une solution temporaire grâce à l’accord entre Donald Trump et Xi Jinping sur les terres rares. Bien qu’il n’y ait rien d’écrit, la première évaluation interne de la Commission est que l’accord s’appliquera également à l’UE, garantissant la fin des restrictions pour un an. Mais certains commissaires sont plus sceptiques et craignent que Pékin ne demande une contrepartie à l’UE, par exemple sur les droits de douane des véhicules électriques. Au sein du Collège, deux lignes de pensée s’affrontent : la première considère que l’UE est une victime collatérale du conflit entre les États-Unis et la Chine ; la seconde craint que Pékin ne veuille conditionner les choix de l’UE par la coercition économique.
“Instrument anti-coercition”, expression interdite – Face aux restrictions chinoises sur les terres rares, “nous sommes prêts à utiliser tous les outils à notre disposition pour répondre si nécessaire”, a déclaré samedi Ursula von der Leyen dans un discours à Berlin. De nombreux observateurs ont immédiatement pensé à l’“instrument anti-coercition”, surnommé le “bazooka” à Bruxelles, qui permet à l’UE de bloquer les exportations et de frapper les services d’un pays exerçant une coercition économique sur les Européens. La présidente de la Commission a décidé d’interdire à ses commissaires l’utilisation publique de l’expression “instrument anti-coercition” dans le conflit ouvert avec la Chine sur Nexperia ou les terres rares. La priorité est donnée à une solution négociée, car il n’y a pas d’alternative aux approvisionnements chinois, que ce soit pour les puces ou les aimants. “On ne peut utiliser ces outils que lorsqu’on est sûr d’avoir une solution de rechange”, a expliqué la haute représentante, Kaja Kallas, dans une interview à The Economist. Cependant, la réflexion sur l’utilisation de l’innommable “instrument anti-coercition” se poursuit, tout comme le travail sur les mesures du plan RESourceEU.
L’Espagne joue-t-elle pour la Chine ou pour l’UE ? – Dans son interview à Thz Economist, la haute représentante Kaja Kallas a souligné les positions divergentes des États membres sur la Chine. “Les opinions sont très divergentes entre les États membres, car certains sont plus dépendants de la Chine que d’autres.” Au sein de la Commission, les soupçons grandissent envers l’Espagne et son Premier ministre, Pedro Sánchez, qui a adopté une position de plus en plus pro-Pékin ces dernières années, avec une visite très médiatisée pour rencontrer Xi Jinping en avril. L’Espagne est la deuxième destination dans l’UE, après la Hongrie, pour les investissements directs étrangers chinois. Sánchez s’oppose à l’utilisation de l’“instrument anti-coercition” contre Pékin. “Nous avons le pouvoir et les outils si nous sommes unis dans leur utilisation. C’est le problème”, a rappelé Kallas.
Hongrie
Les hommes d’Orbán utilisent le deep fake contre le leader de l’opposition – Le leader de l’opposition en Hongrie, Péter Magyar, a annoncé hier qu’il porterait plainte contre le principal conseiller de Viktor Orbán pour avoir publié une vidéo deepfake générée par l’intelligence artificielle. Dans cette vidéo de 38 secondes, publiée sur Facebook par le conseiller du Premier ministre, Balázs Orbán, on voit Magyar déclarer qu’il sera contraint de réduire les pensions car le système actuel est trop généreux. Cette opération semble s’inscrire dans les tentatives d’Orbán et de ses collaborateurs de discréditer le leader de l’opposition. Le parti de centre-droit Tisza, dirigé par Magyar, est en tête de la plupart des sondages en vue des élections prévues pour avril 2026 et constitue la menace la plus sérieuse pour le pouvoir d’Orbán depuis son retour en 2010.
L’organisateur de la Pride de Pécs risque un procès, la Commission reste immobile – La Commission n’a pas voulu agir contre le gouvernement de Viktor Orbán après l’adoption d’une loi interdisant les Pride, et ce sont désormais les militants LGBT qui en subissent les conséquences en Hongrie. Géza Buzás-Hábel, directeur du Diverse Youth Network, est sous enquête pour avoir organisé la Pride de Pécs, qui s’est tenu le 4 octobre, et risque jusqu’à un an de prison. “Jusqu’à présent, de tels cas ne se voyaient qu’en Russie ou en Turquie : aujourd’hui, grâce aux lois liberticides d’Orbán, ils se produisent à l’intérieur des frontières de l’Union européenne”, a dénoncé l’eurodéputé italien Alessandro Zan, membre du groupe socialiste. La cheffe de file des Verts, Terry Reintke, a demandé à la Commission d’intervenir. Mais la Commission ne compte pas agir au-delà d’un soutien rhétorique à la communauté LGBT en Hongrie. Hier, elle a rappelé que le droit de manifester est garanti par la Charte européenne des droits fondamentaux, mais a ajouté que la question de la Pride de Pécs relève de la compétence nationale. Avant d’agir, la Commission attend un arrêt de la Cour de justice de l’UE sur une loi hongroise de 2021 sur la “protection des enfants”. Pourtant, cette loi n’a rien à voir avec l’interdiction de manifester.
Cela se passe aujourd'hui
Commission : Le commissaire Šefčovič participe à une audition au Sénat à Rome ; il rencontre le ministre Adolfo Urso et le président de Confindustria, Emanuele Orsini.
Banque centrale européenne : Conférence de presse de la présidente Lagarde à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, organisée par la Banque d’Italie.
Cour de justice de l’UE : Conclusions de l’avocat général sur le revenu de citoyenneté en Italie.
Eurostat : Estimation préliminaire du PIB au troisième trimestre ; données sur le chômage en septembre ; données sur les déchets électroniques en 2023.



