L’Humiliation Day de l’Union européenne
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Aujourd'hui, Christian revient revient sur l'accord conclu dimanche entre Ursula von der Leyen et Donald Trump sur les droits de douane américains. Cet accord a été accueilli par de nombreuses critiques. La stabilité et la prévisibilité promises par Mme von der Leyen ne sont pas garanties.
Hier a également eu lieu la dernière réunion du collège des commissaires avant la pause estivale. Surprise: la Commission a proposé de suspendre partiellement Israël du programme de recherche Horizon pour avoir violé l'article 2 de l'accord d'association sur le respect des droits de l'homme avec sa guerre à Gaza. Mais la suspension est “ciblée et réversible” et ne compromet pas la participation des universités et des chercheurs israéliens aux projets et activités financés par Horizon Europe, a précisé la Commission.
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L’Humiliation Day de l’Union européenne
Politiquement mauvais, économiquement douloureux, catastrophique pour l’image d'Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission n’a pas conclu un accord avec Donald Trump. Elle a négocié les termes de la “capitulation” de l’Union européenne pour éviter une guerre commerciale. Dimanche, convoquée par Donald Trump pour une réunion entre deux parties de golf sur un parcours dont il est le propriétaire en Ecosse, les Européens ont vécu en direct “l'humiliation day” du premier partenaire économique des Etats-Unis. Mais le chancelier Friedrich Merz est satisfait, car “les intérêts fondamentaux” de l'Allemagne ont été préservés. L’Union européenne remplace sa dépendance énergétique vis-à -vis de la Russie par une dépendance totale vis-à -vis des Etats-Unis. Le “deal” imposé par Trump signe la fin de l'autonomie stratégique et de “l’Europe puissance”. Le nain politique européen assume sa vassalisation, même si la pilule est amère pour certains.
“L’accord entre les Etats-Unis et l’Europe est totalement inégal. Des droits de douane asymétriques de 15 % sont une défaite pour l'UE. Quand la loi de la jungle prévaut, les faibles n'ont d'autre choix que d'accepter leur sort. Mais l'Europe aurait pu être forte, seule ou en coalition avec d'autres. Elle aurait dû se préparer à des turbulences. Mais elle aurait finalement obtenu un meilleur accord et envoyé un message fort au monde. Une occasion manquée”. Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI, résume par ces quelques phrases l’issue d’une négociation ratée par la présidente de la Commission européenne et son chef de cabinet Bjoern Seibert.
Les négociateurs européens n'ont jamais eu la main, ni le droit d'entrer dans le rapport de force. Friedrich Merz et Giorgia Meloni ont imposé cette ligne. La présidente du Conseil italien l’a confirmé dans sa première réaction au deal: “Je suis toujours convaincue qu’une escalade commerciale entre les Etats-Unis et l’Union européenne aurait des conséquences imprévisibles et potentiellement dévastatrices”, a-t-elle déclaré depuis Addis Abeba. Meloni a insisté sur le fait que le deal annoncé par Donald Trump et Ursula von der Leyen n’était pas encore un accord juridiquement contraignant et qu’il faudrait encore se battre. Le dernier mot revient en effet aux gouvernements de l’UE.
Giorgia Meloni a ensuite détaillé ce qu’elle avait compris du deal: “c’est une base si les 15% de droits incluent les 4,8% de droits existants (sur les importations européennes aux Etats-Unis), si les droits imposés à certains secteurs sensibles comme la pharmacie et l’automobiles sont à 15% et si des exemptions sont obtenues pour les produits agricoles”.
La rencontre entre Ursula von der Leyen et Donald Trump a été humiliante pour la présidente de la Commission. La messe était dite dès les échanges peu après l’accueil de la délégation européenne. Interrogé sur la possibilité d’imposer des droits de douane inférieurs à 15 %, Trump a répondu “non”. Ursula von der Leyen, recroquevillée dans un fauteuil trop grand, mal à l’aise, a joué la flatterie. Elle a loué Trump comme “un négociateur acharné, un négociateur coriace”, avant d’être interrompue par le président américain qui lui fait ajouter “et équitable”. Elle a poussé jusqu’à reconnaître la nécessité de “rééquilibrer” une relation commerciale alors que le déficit commercial est évalué par la Commission à une cinquantaine de milliards d'euros et non de 350 milliards d’euros comme l’affirme le président Américain.
Trump s’est montré condescendant et ignare, lorsqu’il a présenté Ursula von der Leyen comme la présidente de l’Union européenne. Il a occupé l’espace médiatique, fait la leçon sur l’immigration et le climat avec une attaque en règle contre les éoliennes, et mis en avant une aide humanitaire aux Palestiniens de Gaza. Personne ne s’est intéressé à Ursula von der Leyen. Trump a ensuite annoncé la réunion, en précisant que ce serait l’affaire d’une heure, et de retour devant la presse, il a annoncé les mesures imposées aux Européens et les engagements pris par la présidente de la Commission: tarifs douaniers de 15% pour tous les bien importés de l'Union européenne, ouverture totale des marchés de l’UE aux produits américains, achat par l’UE de 750 milliards d’énergie et 600 milliards d'investissements aux Etats-Unis. Le secrétaire d’Etat au commerce Howard Lutnick a précisé sur X que “pour la première fois, l’UE accepte pleinement nos normes automobiles et industrielles.”
“C'est un accord très puissant, c'est un accord très important, c'est le plus important de tous les accords”, s’est félicité Donald Trump. Dernière humiliation: la photo de famille, pouce levé à l'américaine pour célébrer une victoire. Seule la directrice générale du commerce, Sabine Weyand, a refusé de se prêter à cette mascarade, consciente du mal causé par cette négociation ratée.
Plus que le fonds, c’est la manière dont le deal a été négocié qui fait mal. Jamais Ursula von der Leyen n’a accepté d’utiliser la menace de l’instrument anti-coercition pour mettre un rapport de force dans les pourparlers avec Washington. “Il a été créé pour des situations extraordinaires. nous n’en sommes pas encore là. L’heure est aux négociations”, a-t-elle soutenu après avoir reçu la lettre de chantage de Trump avec la menace de porter des droits de douane à 30% au 1er août, ce qui aurait fermé les flux commerciaux entre les deux rives de l’Atlantique.
Ce déni et cet affaiblissement de la position de l’Union européenne lui sont reprochés. “C’est un très mauvais” deal. “L’Europe confirme le narratif de Trump” et valide le mythe du déficit commercial injuste, nous a confié Cecilia Malmström, l’ancienne commissaire au Commerce de l’équipe dirigée par Jean-Claude Juncker lors du premier affrontement avec Trump en 2018-2019.
Ursula von der Leyen va devoir vendre le deal aux gouvernements. “C'est un accord asymétrique inacceptable qui décrédibilise l'Europe comme puissance commerciale. L'UE montre qu'elle ne sait pas user du levier que représente son grand marché de 450 millions de consommateurs. L'Europe puissance n'est pas pour aujourd'hui”, déplore Sébastien Maillard, ancien directeur de l’Institut Jacques Delors. La plupart des analystes sont sur cette ligne et dénoncent un “diktat” américain, “ la soumission” de l’UE.
Mais Friedrich Merz a donné le ton. “L'accord conclu dans les négociations entre l'UE et les États-Unis sur les tarifs douaniers a permis d'éviter un conflit commercial qui aurait durement touché l'économie allemande, tournée vers l'exportation (...) Des relations commerciales stables et prévisibles, avec un accès au marché, profitent à tous, des deux côtés de l'Atlantique, entreprises comme consommateurs”, a annoncé le chancelier dans un message sur X . Si le deal est bon pour l’Allemagne, il est bon pour l’UE.
“Les États-Unis exportent vers l'UE sans droits de douane, alors que les exportations de l'UE sont soumises à des droits de douane de 15% (ou de 50% pour l'acier et l'aluminium). De plus, nous devons acheter pour 750 milliards de dollars d'énergie aux Etats-Unis. Quels sont les "intérêts fondamentaux" que vous avez préservés ? “, lui a demandé un internaute sous son message. Un coup d’épée dans l’eau.
La plupart des dirigeants des pays de l’UE se montrent réservés, mais se disent soulagés, à une exception: la France où le deal est lu comme mauvais. Le président Macron ne s’est pas prononcé, mais le Premier ministre François Bayrou a déploré “un jour sombre“ qui voit “une alliance de peuples libres (...) se résoudre à la soumission”. “Il est bien trop facile pour les dirigeants nationaux de l’UE de critiquer von der Leyen pour avoir capitulé devant Trump. L'accord UE-États-Unis reflète leur manque de vision à l'échelle de l'UE et de responsabilité transnationale autant que la transformation de la Commission européenne en secrétariat du Conseil de l'UE”, s’insurge l’analyste Alberto Alemanno.
Une explication de chiffres va être nécessaire. Avant le “Liberation day” le 2 avril, la moyenne des droits de douane imposés sur les exportations européennes était de 1,7%. D’où vient le chiffre de 4,8% avancé par la Commission et utilisé par Giorgia Meloni pour réduire l'augmentation des droits imposée unilatéralement dimanche par Trump à un peu plus de 10% ? En réalité, 4,8 % correspond au droit moyen appliqué conformément à la règle de la nation la plus favorisée de l'OMC. La Commission a commencé à utiliser ce chiffre pour tenter de démontrer que l'accord n'est finalement pas si désavantageux. La réalité est différente et décourageante. Pour l'UE, le droit moyen appliqué par les États-Unis passe de 1,7 % à 15 % et plus pour l'aluminium et l'acier. Si les exportations européennes restent stables, les États-Unis encaisseront près de 60 milliards d'euros sur les produits européens, contre 7 milliards en 2023. L’ancien commissaire à l'Industrie Thierry Breton fait pour sa part valoir que le dollar s’est déprécié de 12,7% et parle d’un renchérissement réel de 23 % pour les biens européens importés aux Etats-Unis.
La présidente n’a pas tout cédé. L’accord commercial entre l'UE et les États-Unis comprend un système de droits de douane zéro pour zéro pour “tous les avions et leurs composants, certains produits chimiques, certains produits génériques, les équipements semi-conducteurs, certains produits agricoles, les ressources naturelles et les matières premières essentielles”. La Commission européenne a en outre affirmé hier n'avoir fait aucune concession concernant les lois sur les Big Tech, telles que la DSA, la DMA et l'AI Act. “Il n'y a absolument aucun engagement en matière de réglementation numérique et nous avons défendu notre droit à réglementer”, a assuré un haut fonctionnaire. «Aucune concession n'est faite sur les produits agricoles 'sensibles' tels que le bœuf, la volaille, le riz et le sucre, ni sur les règles de sécurité alimentaire”, a ajouté la Commission.
L’accord, s’il est validé, sera économiquement douloureux, mais il va surtout pénaliser les Américains, car le coût des nouveaux droits de douane sera assumé par les importateurs et les consommateurs. Il est en revanche catastrophique pour la crédibilité de l’Union européenne car accepter la logique de l’unilatéralisme signifie la vassalisation. “Quand on se couche une fois, on se couche toujours”, nous a déclaré un ancien haut responsable européen.



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Pierre, journaliste Observateur Continental
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