L’UE spectatrice dans le Grand Jeu entre Trump et Xi
Bonjour ! Nous sommes David Carretta, Christian Spillmann et Oliver Grimm, les auteurs de la Matinale Européenne.
Dans l’analyse du jour, Christian revient sur la question du Groenland : pris dans le grand jeu entre Trump et Xi, les Européens parlent beaucoup, mais peinent à concrétiser.
Dans les brèves du jour, nous traitons de la BCE qui défend la Fed contre les attaques de Trump. Kaja Kallas a confirmé la volonté d’adopter le vingtième paquet de sanctions contre la Russie le mois prochain. La Commission a reporté une proposition visant à exclure les entreprises chinoises Huawei et ZTE des infrastructures critiques de télécommunications. L’Allemagne n’a pas respecté ses obligations en matière de stockage de gaz. Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a lancé une critique sévère contre l’Italie, le Danemark et l’UE pour la “régression de l’État de droit”.
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L’UE spectatrice dans le Grand Jeu entre Trump et Xi
Par Christian Spillmann
Les Européens sauront-ils trouver un accord pour empêcher l’annexion du Groenland par les Etats-Unis ou resteront-ils incapables de contrer la volonté hégémonique du président américain dans son bras de fer avec Xi Jinping sur l’énergie et les terres rares ? Les diplomates s’activent, mais dans le même temps, un projet de loi a été déposé au Congrès pour permettre l’annexion du territoire. Personne ne sait sur quel pied danser avec un président américain dont la volonté est de diriger en position de force ses relations avec le président chinois. Trump veut le Groenland car le territoire est stratégique et il mise sur l’incapacité des Européens à le contrer pour contrôler et fermer le passage entre l’Arctique et l’Atlantique Nord.
La ministre des Affaires étrangères du Groenland, Vivian Motzfeldt, et le chef de la diplomatie danoise, Lars Løkke Rasmussen, seront reçus aujourd’hui à la Maison Blanche par le vice-président américain JD Vance. Le chancelier Allemand Friedrich Merz a dit “partager les préoccupations américaines quant à la nécessité de mieux protéger cette partie du Danemark” et plaide pour une “solution mutuellement acceptable au sein de l’OTAN”. La recherche d’un accord suit son cours.
Mais dans le même temps, la Maison Blanche publie sur X une photo-montage représentant Donald Trump en train de contempler une carte du Groenland avec cette légende: “appuyez pour suivre la situation”. Une manière de provoquer les Européens.
Spécialiste de la géopolitique et de l’économie du Groenland, Mikaa Blugeon Mered juge sérieuse la volonté du président américain de prendre le contrôle du Groenland soit en l’achetant, soit par la force, car “le territoire est stratégique pour les Américains, les Européens, les Russes et les Chinois. Le Groenland est à la croisée entre l’Arctique et l’Atlantique Nord et si les Chinois étaient capables de bâtir des infrastructures et d’acheter des terrains au Groenland, comme ils ont essayé de le faire, cela poserait un problème pour l’ensemble de l’Alliance Transatlantique”.
“Si nous ne prenons pas le Groenland, la Russie ou la Chine le feront. Je ne le permettrai pas”, soutient le président américain. “Soyons clairs : nos adversaires tentent de s’implanter dans l’Arctique, et nous ne pouvons pas laisser cela se produire”, a expliqué le représentant républicain Randy Fine, un fervent partisan de Trump originaire de Floride, lors de la présentation d’un projet de loi de deux pages intitulé “Loi sur l’annexion du Groenland et son accession au statut d’État”.
Donald Trump sera autorisé à “prendre les mesures qui pourraient s’avérer nécessaires, y compris en cherchant à entamer des négociations avec le Royaume du Danemark, en vue d’annexer ou d’acquérir autrement le Groenland en tant que territoire des États-Unis”, précise le projet avec comme argument : “Quiconque contrôle le Groenland contrôle les principales voies de navigation arctiques et l’architecture de sécurité protégeant les États-Unis. L’Amérique ne peut pas laisser son avenir entre les mains de régimes qui méprisent nos valeurs et cherchent à saper notre sécurité”.
Peu importe que les démocrates aient déposé un projet de loi pour stopper les ambitions de Trump au Groenland. Peu importe l’histoire, le droit international, le refus du peuple du Groenland d’être annexé. Peu importe la vérité. Car il n’y a pas de bateaux russes ou chinois dans la région et aucune activité militaire russe ou chinoise n’a été signalée à proximité du Groenland. Trump veut le territoire et ses richesses, notamment ses terres rares, car on ne défend bien que ce que l’on possède. Le président américain montre même un certain dédain face aux menaces de crise au sein de l’Alliance Transatlantique, dont il menace de retirer les Etats-Unis. “Si nous avions besoin de l’OTAN, nous soutiendrait-elle ? Je n’en suis pas certain. Vous savez, nous dépensons beaucoup d’argent pour l’OTAN, et je ne suis pas convaincu qu’elle en ferait autant pour nous”, a-t-il déclaré. Trump joue le rapport de force face à des Européens incapables de s’engager sur cette voie.
Les Etats-Unis sont lancés depuis des années dans une confrontation avec la Chine. Trump l’a exacerbée depuis son retour à la Maison Blanche. Les actions entreprises par son administration ces dernières semaines visent à couper les routes polaires et le canal de Panama pour fermer l’hémisphère occidental à Pékin et assécher les sources d’approvisionnement en pétrole, car la Chine est très dépendante pour son approvisionnement en énergie. Pékin importait 11,1 millions de barils de pétrole par jour en 2024.
Depuis l’arrestation de Nicolas Maduro au cours d’une intervention militaire américaine, Donald Trump s’affiche comme le “président par intérim” du Vénézuela (il a publié l’information sur Truth social), un important fournisseur de pétrole de la Chine avec près de 400.000 barils par jour. Et il vient d’imposer un droit de douane de 25% sur l’ensemble de ses échanges commerciaux avec les États-Unis d’Amérique à tout pays faisant affaire avec la République islamique d’Iran, un autre important fournisseur de la Chine via la Malaisie. “La Chine achète depuis des années 90% du pétrole illicite iranien”, a affirmé Mike Waltz, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, dans un message sur X. Les principales entreprises pétrolières de la Russie, troisième fournisseur de la Chine, sont également sous sanctions américaines.
La stratégie d’isolement est toutefois insuffisante, car Pékin a d’autres fournisseurs pour son pétrole. Mais elle donne à Trump une monnaie d’échange pour les terres rares, dont la Chine contrôle l’essentiel de la production.
Les Européens se voudraient acteurs dans cette confrontation, mais ils ne sont que des spectateurs. Qui parle au nom de l’Union Européenne ? Tout le monde et personne. Depuis le sommet européen de décembre 2025, bien malin qui peut dire combien elle compte de membres : 27, 26, 24 ?
L’UE n’a pas de voix, pas de ligne. Deux déclarations ont été publiées en soutien au Danemark face aux prétentions américaines sur le Groenland, et l’addition de leurs signataires (France, Allemagne, Italie, Pologne, Suède et Finlande, auxquels se sont ajoutés le Royaume-Uni et la Norvège, non membres de l’UE) est bien loin d’être majoritaire, même si plusieurs gouvernements sont ensuite associés.
Les Européens parlent beaucoup, condamnent, menacent, brassent des idées, mais ne parviennent pas à concrétiser. “On ne doit pas avoir peur de Donald Trump. Il ne faut pas qu’on sous-estime nos forces. Nous avons un marché de 450 millions de consommateurs. Les entreprises américaines veulent-elles conserver l’accès à notre marché ? Nous avons un levier sur la dette américaine détenue par les banques centrales européennes. Et nous avons l’outil anti-coercition. Il ne faut pas avoir peur de l’utiliser”. La députée européenne française Valérie Hayer, présidente du groupe Renew (liberal) au Parlement européen, parle le langage du rapport de force.
L’ancien ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis évoque “une invitation au Groenland à réintégrer l’Union européenne, en lui offrant les garanties de l’article 42, paragraphe 7, du traité de l’UE”. Le déploiement d’une force militaire européenne aux côtés des éléments de l’armée danoise envoyés au Groenland pour dissuader une opération militaire américaine a été suggéré, mais aucune suite n’a été donnée. Aucune de ces options ne fait consensus. La peur d’un retrait américain de l’Otan et le chantage de Trump sur l’Ukraine paralysent les Européens et les poussent au compromis. “Plus les Européens paraîtront faibles, plus ils seront perçus comme des proies dans cette nouvelle ère de géopolitique compétitive”, souligne l’analyste allemand Ulrich Speck
“Nous savons que nous sommes dans l’impasse, nos amis comme nos ennemis le savent aussi. Par conséquent, personne ne devrait s’attendre à ce que la pression sur l’Europe diminue tant que nous n’aurons pas compris que le respect se gagne, il ne se mendie pas”, cingle Landsbergis .
La citation
“La Russie doit comprendre que le froid ne l’aidera pas à gagner la guerre”.
Volodymyr Zelensky
L’Ue et Trump
Soutien des banquiers centraux au patron de la FED - La Banque Centrale Européenne et les autres banques centrales européennes et internationales sont pleinement solidaires du Système de la Réserve fédérale et de son président, Jérôme H. Powell, a annoncé hier la BCE dans un communiqué signé par sa présidente Christine Lagarde au nom du conseil dds gouverneurs de l’institution et par les gouverneurs des banques centrales du Royaume Uni, de la Suède, du Danemark, de la Suisse, de l’Australie, du Canada, de la Corée du sud, du Brésil et par les dirigeants de la Banque des règlements internationaux. “L’indépendance des banques centrales est dans l’intérêt des personnes que nous servons”, insistent les signataires qui saluent l’intégrité et l’engagement de Jérôme Powell. Le soutien appuyé des banquiers centraux révèle une préoccupation pour les risques encourus par le système financier mondial si Trump met la main sur la FED. La banque centrale américaine sera-t-elle en effet encore disposée à jouer son rôle de prêteur en dernier ressort pour garantir la liquidité, comme cela a été le cas lors des crises financières passées ?
Powell paie le prix de son recadrage de Trump - Donald Trump a demandé l’ouverture d’une enquête criminelle contre Powell lancée par le département de la Justice. Powell est soupçonné d’avoir menti au Congrès sur l’ampleur des coûts de rénovations du siège de la FED à Washington. Le sujet avait été l’objet d’un échange public entre Trump et Powell au cours duquel le patron de la FED avait recadré le président sur les chiffres et pour son ignorance sur le dossier. Trump a réagi en traitant Powell “d’imbécile” et a demandé sa démission à plusieurs reprises. Powell dénonce les poursuites engagées contre lui comme un “prétexte” pour porter atteinte à l’indépendance de la banque centrale. Le président multiplie les pressions depuis plusieurs mois pour une baisse plus agressive des taux d’intérêt et a surnommé Powell “Too Late” pour le désigner dans ses messages sur les réseaux sociaux. Le mandat de Jerome Powell doit officiellement se terminer en mai 2026, mais il reste membre du Conseil des gouverneurs jusqu’en 2028.
Le réalisme du Danemark sur la relation avec les Etats-Unis, le Groenland choisit l’UE - “Le plus dur reste à venir”, a déclaré hier la Première ministre du Danemark Mette Frederiksen après une réunion avec son homologue du Groenland Jens-Frederik Nielsen pour préparer la rencontre de leurs ministre des Affaires étrangères avec leur homologue américain Marco Rubio organisée à la Maison Blanche avec la présence du vice-président JD Vance. “Si nous devions choisir entre les États-Unis et le Danemark, ici et maintenant, nous choisirions le Danemark. Nous choisirions l’OTAN, le Royaume du Danemark et l’UE”, a affirmé Nielsen. “Nous arrivons ensemble, nous restons ensemble et nous partons ensemble. Personne ne parlera seul avec les Américains” demain, ont assuré les deux dirigeants. “Nous voulons le dialogue et la coopération. Nous ne cherchons pas le conflit. Mais notre message est clair : le Groenland n’est pas à vendre”, a affirmé Mette Frederiksen. Le Groenland est un territoire autonome du Danemark, pays membre de l’UE et de l’OTAN. Le Groenland s’est retiré en 1985 de la CEE, devenue l’UE, mais est resté un territoire danois inscrit dans la liste des pays et territoires d’outre-mer (PTOM) associés à l’Union européenne.
Le réalisme de Kaja Kallas dans les relations avec les États-Unis - “Les États-Unis sont un allié indispensable, mais il est clair que nos relations ne sont plus aussi bonnes qu’avant”, a déclaré hier la Haute Représentante, Kaja Kallas, lors d’une conférence de presse à Berlin. “Dans toute alliance, il y a des moments de désaccord ouvert. Mais l’Europe ne renoncera pas à 80 ans de relations transatlantiques”, a-t-elle ajouté. Le réalisme de la Haute Représentante ne se limite pas aux relations avec Donald Trump. Concernant le soutien à Kiev, “la dure réalité est que cette guerre pourrait durer longtemps, à moins que nous n’exercions collectivement une pression accrue sur la Russie pour qu’elle y mette fin”, a-t-elle déclaré. La Haute Représentante a confirmé que l’UE préparait le vingtième paquet de sanctions. “Nous visons à le finaliser le mois prochain”. Les Vingt-Sept devraient l’adopter avant le 24 février, date du quatrième anniversaire de l’invasion russe.
Rencontre Trump-Zelensky en marge du Forum économique de Davos - Une rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky est prévue en marge du Forum économique mondial organisé du 19 au 23 janvier à Davos, en Suisse, et plusieurs dirigeants européens – le Français Emmanuel Macron, l’Allemand Friedrich Merz, l’Italienne Giorgia Meloni, le Britannique Keir Starmer et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont prévu d’assister le président ukrainien, annonce le Financial Times citant “trois responsables informés des plans”.
Souveraineté numérique
La Commission reporte la loi sur la cybersécurité, mais confirme les risques liés à Huawei et ZTE - La Commission aurait dû présenter aujourd’hui le Cyber Security Act, une série de propositions pour renforcer la cybersécurité dans l’UE, y compris l’exclusion des fournisseurs chinois des infrastructures critiques. Mais le texte n’est pas encore prêt. Les négociations entre les cabinets des commissaires se poursuivent. L’Espagne s’oppose à une interdiction de Huawei et ZTE. Un porte-parole de la Commission a confirmé hier que les deux entreprises chinoises étaient considérées comme des fournisseurs à haut risque, après une évaluation réalisée il y a deux ans dans le cadre du 5G Toolbox. “Nous avons encouragé les États membres à adopter des mesures appropriées pour exclure ces deux fournisseurs à haut risque des infrastructures de connectivité. La vérité est qu’à ce jour, seul un nombre très limité d’États membres a adopté des mesures appropriées”, a déclaré le porte-parole. “La vice-présidente exécutive Henna Virkkunen se concentre sur l’exclusion potentielle et encourage les États membres à adopter des mesures supplémentaires si nécessaire”.
Énergie
L’Allemagne n’a pas respecté ses obligations en matière de stockage de gaz, les réserves se vident - La Commission assure qu’il n’y a pas de problème pour l’approvisionnement énergétique de l’Union européenne et de ses États membres. Pourtant, en observant les données sur les niveaux de stockage de gaz en Allemagne, un observateur extérieur pourrait s’inquiéter. La fin de la saison est encore lointaine, mais le stockage de gaz est tombé en dessous de 47 %, le niveau le plus bas à cette période depuis 2022, année du début de la guerre en Ukraine. Il y a un an, il était à 77 %. Selon certaines estimations, si les tendances actuelles se poursuivent, l’Allemagne pourrait se retrouver en fin de saison avec des stocks à 5 %. La faute à un hiver particulièrement froid. Mais aussi au fait que l’Allemagne n’a pas respecté ses obligations de remplir ses stocks de gaz à 90 %, comme prévu par la réglementation européenne introduite en 2022 et modifiée l’an dernier. “15 États membres sur 18 ont atteint leurs objectifs de stockage entre le 1er octobre et le 1er décembre. L’objectif de stockage a été atteint au niveau de l’UE”, mais “trois États membres n’ont pas atteint leur objectif national pour diverses raisons, dont l’Allemagne”, nous a déclaré une source de la Commission.
La Commission ferme les yeux sur le stockage allemand Le niveau maximal atteint par l’Allemagne en matière de stockage de gaz a été d’environ 75 %. Comme prévu par la réglementation de l’UE. Berlin a informé la Commission et consulté les pays voisins. Lors d’une réunion du Groupe de coordination du gaz du 18 décembre, la Commission et les États membres ont estimé que les niveaux de stockage de l’UE ne soulevaient pas de préoccupations en termes de sécurité d’approvisionnement. En conséquence, la Commission n’a pas jugé opportun d’émettre une recommandation avec des mesures spécifiques à l’encontre de l’Allemagne.
État de droit
Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe contre l’Italie et le Danemark - Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Michael O’Flaherty, a critiqué hier l’initiative lancée par Giorgia Meloni et Mette Frederiksen pour rouvrir la Convention européenne des droits de l’homme et contester les décisions de la Cour de Strasbourg concernant les migrants. “L’Europe doit faire face à une question existentielle : soit elle embrasse la tendance à mettre de côté le droit international et les principes fondamentaux d’équité et d’humanité, soit elle est fière de son modèle de société, fondé sur les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie”, a déclaré O’Flaherty dans un discours à Rome. “Malheureusement, certains seraient tentés, au moins en partie, de suivre la première voie. Un signe en est la récente déclaration de certains des 27 États membres du Conseil de l’Europe concernant la Convention européenne des droits de l’homme et la pratique de la Cour européenne des droits de l’homme. En termes généraux, ce que les signataires souhaitent, c’est un affaiblissement de la protection accordée à certaines personnes”, a-t-il ajouté, rappelant que l’Italie et le Danemark sont à l’origine de cette initiative.
O’Flaherty demande des politiques migratoires fondées sur des données et l’État de droit - Dans son discours, Michael O’Flaherty a implicitement accusé les dirigeantes de l’Italie et du Danemark de mener des politiques migratoires basées sur les peurs, et non sur les faits. “L’agence de l’UE Frontex rapporte que la migration irrégulière vers l’UE a diminué de 25 % au cours des onze premiers mois de 2025 et que, de toute façon, nous ne sommes pas du tout proches de la situation que nous avons connue en 2015. En d’autres termes, il ne semble pas que la migration représente un défi à la hauteur de ce qui est suggéré”, a déclaré le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Concernant l’incapacité présumée d’expulser les criminels étrangers, “cette vision est en contradiction avec les faits concrets. Par exemple, en 2025, l’Oxford Bonavero Institute of Human Rights, basé au Royaume-Uni, a découvert que sur une période de 15 mois, seulement 0,73 % des citoyens étrangers condamnés ont fait appel avec succès contre une mesure d’expulsion”, a expliqué O’Flaherty. Le commissaire a demandé de ne pas remettre en cause des principes fondamentaux comme l’interdiction des refoulements, l’égalité et l’universalité des droits de l’homme et l’indépendance de la justice.
La récession de l’État de droit en Europe - Au-delà du durcissement des politiques migratoires, Michael O’Flaherty a dénoncé ce qu’il a qualifié de “récession de l’État de droit” en Europe et pas seulement à l’échelle mondiale. “Un groupe de réflexion, le World Justice Project, a rapporté en 2025 que, pour la huitième année consécutive, l’État de droit avait diminué dans la plupart des pays”, a expliqué le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe. “L’Europe ne fait pas exception. Dans l’indice de l’État de droit du World Justice Project de 2025, environ 22 États membres du Conseil de l’Europe obtiennent un score inférieur à sept sur dix dans huit indicateurs de l’État de droit. Le score de l’Italie est de 6,6”. Selon O’Flaherty, certains pays européens ont adopté « une approche à la carte des engagements contraignants des traités » sur les droits de l’homme. Le commissaire a dénoncé “une augmentation du souverainisme politique, du nativisme et des idéologies qui sont déconnectées de la primauté philosophique de la dignité humaine”.
France
Marine le Pen en appel de sa condamnation d’inéligibilité - La “patronne” du Rassemblement National, le mouvement d’extrême-droite créé par son père et présidé par l’eurodéputé Jordan Bardella, joue depuis hier sa participation à l’élection présidentielle de 2027 en France. Le Pen a fait appel de sa condamnation en 2025 à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire pour détournement de fonds publics européens dans l’affaire des assistants des élus européens du Front national, son parti devenu le Rassemblement National. Le procès est prévu jusqu’au 12 février 2026. “Je veux qu’on sache qu’on avait le sentiment de n’avoir commis aucun délit quand en 2004, puis en 2009, puis en 2014, nous avons embauché des assistants, nous avons mutualisé ces assistants”, a-t-elle déclaré hier à la barre. “Le Parlement européen n’a pas joué son rôle d’alerte tel qu’il aurait dû le jouer”, a-t-elle accusé. “On a volé cet argent pour faire fonctionner le parti Front National à ce moment-là”, a pour sa part déclaré l’avocat du Parlement européen, Me Patrick Maisonneuve, en insistant sur le fait que l’argent détourné était celui des contribuables européens au micro de la chaîne BFM. Jordan Bardella a jugé “profondément inquiétant pour la démocratie” que Marine Le Pen soit inéligible en 2027, alors même qu’elle est donnée “comme favorite du scrutin”. Si la peine d’inéligibilité est confirmée, Jordan Bardella est le successeur désigné pour remplacer Marine Le Pen.
Cela se passe aujourd'hui
Conseil européen et Commission : réception pour la nouvelle année organisée par Antonio Costa et Ursula von der Leyen
Commission : conférence de presse d’Ursula von der Leyen avec les commissaires Dombrovskis et Kos sur le prêt de 90 milliards à l’Ukraine
Commission : le commissaire Šefčovič reçoit le ministre français du Commerce, Nicolas Forissier
Commission : la commissaire Roswall reçoit le président exécutif de Shein, Donald Tang
Commission : discours de la vice-présidente Ribera à l’événement « Moi et les Green Heroes – Pourquoi j’ai décidé de penser vert », organisé par Alessandro Gassmann
Parlement européen : réunion de la Conférence des présidents
Conseil : réunion du Coreper I et II
Cour des comptes de l’UE : rapport spécial sur les systèmes de contrôle pour l’huile d’olive dans l’UE
Eurostat : données sur les énergies renouvelables dans l’électricité en 2024



